archieftoegang 215, inventarisnummer 1, pagina 202
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Transcriptie
134 Ce moment heureux arriva, et il prit une forte résolution de rom pre entiérement avec le monde, ce fut à l’occasion de la mort de deux de ses proches qui le remplit à ce qu’il disoit lui même de frayeurs et de tremblement. Il comprit la nécessité qu’il y avoit de faire pénitence; mais la confusion que lui causoit la vue de sa vie passée lui fit regarder coe une difficulté presque insurmon- table l’obligation de souvrir de sa conscience à quelqu’un, surtout a la personne du monde qu’il jugeoit plus capable de sa conduite, sans cette raison qui augmentoit sa répugnance qu'il etoit trop son ami: Dans cette agitation il vint trouver ma soeur catherine de St Jean sa Mere, et la Mére Angelique sa Tante, dont les paroles le touchérent si fort que dans le moment il leur repondit, parlant de M.r l’Abbé de S r Cyran qui étoit cet ami: J’irai donc le voir et je lui dirai; ne méprisez pas une âme pour laq. J. C est mort. En effet il le fut trouver dès le landemain, et ensuite commenca à se separer le plus qu'il pouvoit de la conversation des hommes jusqu’à ce qu'il s’eloigna tout à fait du monde, et qu’il donna lieu à ceux qui avoient jusqu’àlors admiré son éloquence dans ses harangues publi ques, d'être sans comparaison plus étonnez du silence auquel il se con- danna tout d'un coup pour ne parler plus qu'à Dieu. Ce fut en l'année 1637 qu'il se retira etant seulement âgé de 30 ans, et n'ayant plus dans l’esprit coe il le discit lui même que de pleurer ses péchez dans une profonde solitude. Coed il crut que M. le Chancelier pouvant bien juger de son chan¬ gement ainsi que de beaucoup d’autres qui quittoient le monde pour s’engager dans l’Eglise penseroit peut être à lui procurer quelque bené- fice, il lui fit des lors une declaration tres expresse, que de meme qu’il renoncoit à tous les emplois du siécle coe étant tres dangereux pour son Salut il renonçoit a tout benefice et à toute dignité Ecclesiastique comme étant beaucoup élevées au dessus de lui. Il passa dabord quelques mois dans le secret d’une chambre, priant jeûnant et pleurant; et Dieu ayant touché dans le tems même un de ses fréres au siége de la Cappelle, lorsqu’il paroissoit plus attaché que ja- mais à l’armée, ils se vinrent retirer tous deux à Paris en notre Mo- nastere de Paris, dans un petit corps de logis que ma sœur Catherine de St Jean leur Mére fit batir au dehors. Il y demeurerent durant six mois y vivant séparement chacun dans une chambre, et ne se voyant qu'à Matines qu'ils disoient ensemble. Ce fut là proprement qu'il com- menca cette penitence dont on voyoit peu d’exemples dans les Monas¬ téres les plus réformez, puisque se levant dès une heure ½ du matin, il passoit seul toute la journée, s’occupant sans cesse de la pensée de ses pechez de la justice de Dieu, et de l’ineffable miséricorde qu’il lui avoit faite lorsqu'il lui avoit ouvert les yeux pour voir le néant de ses occupations precedentes; ne se chauffant point dans la plus grande riqueur de l’hiver, mais travaillant quelques fois à porter du bois pour s’échauffer, ne mangeant qu’au soir durant le careme, et les autres jeû¬ nes de l’Eglise, et usant de plusieurs autres austeritez pour soumettre la chair à l'esprit et l’esprit à Dieu. Une vie si pénitente ne put manquer de troubler celui qu’il nom- moit lui meme l’ennemi perpetuel de la penitence. Quoiqu'il se cachâi- à la vue de tous les hommes, le monde se souleva contre lui, er choqué d'un ornre de vie. 135. guerre de vie si opposé a celle des autres, il lui suscita une perfection qui l’obligea de se retirer de Paris avec son frère. Celui qui le conduisoit regardant coe une chose tres difficile qu’il pût soutenir longtems une telle vie voulut lui persuader de se retirer parmi les Chartreux, coû dans un Ordre qui paroissoit plus proportionné a cette grande ferveur de sa pieté, et où il seroit en sureté contre le monde, et contre- les ennemis de sa vertu; mais ce fut sans doute par un mouvement de l’esprit de Dieu qui vouloit se servir de son exemple pour en porter beaucoup d'autres à embrasser une semblable penitence, que celui qui avoit alors la docilité d'un enfant pour se laisser conduire à la lumiere d'une personne pour qui il avoit le dernier respect, ne put se rendre en cette seule occasion à son conseil. Il aima mieux se venir retirer avec son frére en cette maison qui étoit alors un désert affreux, à cause que les Religieuses qui y demeuroient aupa- ravant l’avoient quitté pour s’établir à Paris. Mais lorsque le monde sembloit être mort pour eux, et qu'ils étoient aussi morts au monde, le Diable leur suscita au bout de 2 mois une nouvelle prosecution qui les obligea de sortir encore de ce desert: Et on vit celui qui un an auparavant étoit respecté de tout le monde, être alors rejette de tous, pour avoir renoncé aux Maximes et à la fortune du Siecle: mais coe il étoit affermi et fortement en raciné dans la charité, il regarda avec joye ce rebut des hommes, côd un gage de la divine misericorde, et il s'estima heureux dans ce refroidissement general de la charité à son égard, selon que lui même le nommoit depuis, et dans cette fuite alaquelle on l'obligeait, de se voir en quelque sorte reduit dès les 1.ers tems de sa conversion et coe de la naissance de J. C. dans son ame, à l’état ou J.C.s’étoit vu lui même au moment de sa naissance dans le monde lorsque tous les hommes le rebuterent. Ne pouvant donc plus demeurer dans cette Abbaye ni à Paris, il fut contraint d’aller chercher en Picardie avec son frere une retraite chez un ami, qui plus généreux que beaucoup d'autres, voulut bien le recevoir dans sa maison; mais en changeant de demeure, il ne changeoit point d’esprit; Il continua à vivre en ce lieu avec la mê- me ferveur qu'il avoit fait auparavant; Il passa 13 mois entiers sans voir personne que le Prieur d’une maison tres réformée, et un de ses Religieux qui concurent une estime particuliere pour ces deux frères persécutez, et qui leur administroient les sacremens dans leur Eglise, où ils alloient d'ordinaire avant le jour pour être moins exposez à la jalousie de leurs ennemis. La mort d’une des personnes les plus opposées à l’Abbé son ami lui donna la liberté de revenir en ce monastére au mois d’toût de l’année 1639 ou il continua de pratiquer avec la même égalité d'esprit les exercices d'une pénitence toujours uniforme: mais la mort du Receveur de cette Abbaye qui arriva en 1641. ayant exposé le bien et les affaires de la maison à un desordre inévitable, celui que l’amour de la verité avoit obligé de venir chercher dans la solitude un saint repos pour travailler seulement à son salut, se sentit presse par un devoir indispensable de sa charité envers les servantes de J. C. de se charger de la conduite de leur bien cœd d’une chose consacrée à Dieu et aux pauvres; l'on vit donc celui qui avoit paru avec éclat dans Paris.
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Het Utrechts Archief, archieftoegang 215, Inventaire, inventarisnummer 1, Première section, Port-Royal et ses adhérents (inv.no. 1-948), Port-Royal en général (inv.no. 1-32), Histoire de la fondation de Port-Royal par la Mère Angélique Arnauld, et 1-5 continuée par quelques autres personnes, avec nécrologe. 1 t. fol. (Amf. 19)
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